Thierry Keller (Usbek & Rica) : "l’entreprise doit être consciente de la responsabilité nouvelle qui lui incombe"

Le 2 avril 2019, Great Place To Work organisait sa grande journée de conférences annuelle. Au programme, de nombreuses interventions inspirantes, dont celle de Thierry Keller, directeur éditorial d'Usbek & Rica, dont nous vous partageons ici le compte-rendu. 

La redistribution des pouvoirs

Dans cette nouvelle civilisation numérique dont on est tous citoyens, le pouvoir a été totalement redistribué. Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises sont dépositaires de ce nouveau pouvoir. Elles sont confrontées au défi de continuer à pouvoir vivre sur la Terre dans la démocratie et la paix civile.

Quand Donald Trump a refusé de ratifier l’accord de Paris sur le climat, ça a été très dur. On s’attendait à ce que la première puissance mondiale entre dans le grand concert des nations contre le réchauffement climatique. À ce moment-là, les États fédérés américains, les villes, certains fonds d’investissement et des entreprises ont dit : c’est nous qui allons sauver le monde.

Ce rôle éminemment politique leur a d’une certaine façon été offert par Trump.

Un grain de sable dans le progrès

On a tous envie de se laisser émerveiller par le progrès, la technologie, l’innovation. Ces dix dernières années, on a tous cru à un eldorado où naîtraient un homme nouveau, une société nouvelle. On a été bercé par cette économie du partage, collaborative. Dans les années 1990, avec Jeremy Rifkin, on a pensé qu’on entrait dans la 3e révolution industrielle.

Mais à la place de l’économie collaborative, on a eu le grand remplacement technologique. À la place du nouveau capitalisme, on a eu l’ubérisation. Et à la place de la 3e révolution industrielle susceptible de sortir le monde de sa période fossile, on a eu une 3e révolution industrielle qui utilise des terres rares. On n’a absolument pas résolu les problèmes du réchauffement climatique, de la pollution et de la finitude de nos écosystèmes.

D’une certaine manière, le progrès a trahi. On voit une ultra-émancipation vis-à-vis de nos lois économiques et sociales, des règles communes. On vit sur des îles qui dérivent et s’éloignent. Le lien est en train de se déliter, les parties s’affranchissent du tout. Le cœur est de plus en plus grignoté par des marges, et nous sommes tous des marges. On est dans une grande crise métaphysique.

Assumer une responsabilité nouvelle

L’entreprise possède sans doute les leviers pour résoudre la crise climatique, mais aussi la crise existentielle qui nous touche tous. Elle donne la capacité à des individus de se réancrer dans quelque chose de tangible – dans des espaces de travail, au milieu de collègues, et avec des processus managériaux qui sont humains. Elle est peut-être le meilleur milieu où les mammifères peuvent se connecter les uns avec les autres.

L’entreprise doit être totalement sincère dans ses démarches pour octroyer aux collaborateurs les conditions de s’émanciper et s’épanouir. Il est extrêmement important de ne pas s’adresser uniquement aux cols blancs, et de s’intéresser à ceux qui risquent d’être remplacés par des machines.

Il faut proposer un nouveau modèle holistique. Pour cela, l’entreprise doit être consciente de la responsabilité nouvelle qui lui incombe. Il faut inviter ce nouvel acteur de l’échiquier politique à jouer aux échecs cubiques, dans une relation triangulaire État / citoyen / entreprise.

Cueillir les solutions à notre portée

On a le sentiment d’avoir d’un côté ceux qui pensent que ça va mieux, et de mieux en mieux, et de l’autre côté les tenants de l’effondrement, pour lesquels ça ne va pas bien du tout.

En réalité, quand on regarde le monde tel qu’il est, on voit que toutes les solutions sont là. Il suffit de se baisser pour les ramasser.

On est peut-être suffisamment mature pour prendre les bonnes décisions avant la catastrophe. Et l’on est peut-être dans un moment de prise de maturité des consciences, où chacun se relève les manches pour le faire. Il y a des raisons d’être optimiste.

 

Merci à notre sténotypiste Raphaël Mège !



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